Plaindre (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

(se conjugue comme Craindre.)
XI e siècle. Issu du latin plangere, « frapper », puis « se frapper la poitrine, se lamenter ».

I. V. tr.
1. Éprouver, manifester de la pitié, de la compassion pour quelqu'un ; déplorer les maux, les souffrances qui l'accablent. Plaindre les malheureux. Plaindre un ami dans le chagrin. Je plains sa famille. Je vous plains de la perte que vous avez faite. Je le plains de devoir partir. Il plaint votre malheur. Je plains sa pauvreté . Loc. Être à , mériter la compassion d'autrui. Il est bien à . Il est plus à qu'à blâmer. Par litote. Il n'est pas à , il se trouve dans une situation très favorable, très avantageuse.
2. Litt. Regretter quelqu'un ou quelque chose que l'on a perdu (vieilli). Plaindre un ami disparu. Plaindre sa jeunesse. Employer ou donner à regret et chichement. Plaindre le pain que l'on mange. Plaindre ses pas, n'être pas prêt à se donner de la peine. Surtout dans des tournures négatives. Ne pas l'étoffe, ne pas lésiner sur l'étoffe et, fig., user largement des moyens dont on a la libre disposition. Ne pas la dépense, ne pas son argent, être prodigue. Ne pas sa peine. On ne plaint ni son temps ni son argent à la personne qu'on aime, pour la personne qu'on aime .

II. V. pron.
1. Se lamenter ; exprimer une peine, une souffrance. Il a tout enduré sans se . Le patient se plaint de fortes migraines .
2. Exprimer son mécontentement contre quelqu'un ou quelque chose, récriminer. Il n'a pas sujet de se . Il n'est guère fondé à se . Se du bruit, de la chaleur. Il se plaint qu'on l'a, qu'on l'ait calomnié. Elle s'est plainte d'avoir dû attendre. Spécialt. Se au commissariat, auprès du juge , porter plainte. Par litote. En parlant d'une personne dont la situation semble particulièrement avantageuse. Il n'a pas à se ! Expr. proverbiale. Se que la mariée soit trop belle , faire le difficile, ne pas apprécier à sa juste valeur ce qui s'offre.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

(Il se conjugue comme CONTRAINDRE.) Prendre en pitié les maux d'autrui, en être touché, témoigner la compassion que l'on éprouve pour quelqu'un. "Plaindre les malheureux. Je plains sa famille. Tout le monde vous plaint. C'est un homme qui mérite qu'on le plaigne. Il est bien à . Je vous plains de la perte que vous avez faite. Je vous plains d'en être réduit à cette extrémité."
Il se dit aussi des Choses. "Je plains votre malheur."
Il signifie aussi Employer, donner avec répugnance, à regret, d'une manière insuffisante. "Il ne faut pas sa peine, ses pas, son temps quand il s'agit d'obliger."
"Il ne plaint pas la dépense," Il dépense volontiers.
SE PLAINDRE signifie Se lamenter. "Il a souffert de grandes douleurs sans se . Il se plaint pour la moindre chose. Il aime à se et à être plaint."
Il signifie aussi Témoigner son mécontentement de quelque chose, du mécontentement contre quelqu'un. "Il se plaint fort de vous et du mauvais accueil que vous lui avez fait. Tout le monde croit être en droit de se de la fortune. Il se plaint qu'on l'ait calomnié."
Il signifie, en termes de Jurisprudence et de Police, Porter plainte. "Il est allé se au commissaire".



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Témoigner un sentiment de chagrin pour les peines d'autrui ou de soi-même.
PASCAL: « Plaindre les malheureux n'est pas contre la concupiscence [l'ensemble des mauvais penchants] ; au contraire, on est bien aise d'avoir à rendre ce témoignage d'amitié, et à s'attirer la réputation de tendresse sans rien donner »
FLÉCHIER: « Ceux qui admiraient sa fermeté [de Mme de Montausier malade] perdirent la leur ; ceux qui la plaignaient paraissaient presque les seuls à »
FLÉCHIER: « Fidèle dans leurs disgrâces [de ses amis], il osa les louer et les servir en des temps où les autres n'osaient presque pas les »
MAINTENON: « Je plaindrais le cardinal de Rohan, si je pouvais un homme qui a l'honneur d'être la victime de son zèle pour la vérité »
FÉN.: « Je plains les malheureux depuis que je le suis ; et je sens que mon coeur s'intéresse pour cet homme, sans savoir pourquoi »
VOLT.: « J'ai vu Bolingbroke rongé de chagrins et de rage ; et Pope, qu'il engagea à mettre en vers cette mauvaise plaisanterie [Tout est bien], était un des hommes les plus à que j'aie jamais connus »
GRAFFIGNY: « On croit être plaint quand on est écouté »
    Témoigner de la compassion au sujet de.
SÉV.: « Je vous plains bien de vos méchantes compagnies »
MAINTENON: « Je vous ai souvent plainte de la vie ennuyeuse que vous menez depuis huit ans »
LA BRUY.: « Tous sont contents d'eux-mêmes et de leur esprit, et l'on ne veut pas dire qu'ils en soient entièrement dénués ; mais on les plaint de ce peu qu'ils en ont, et, ce qui est pire, on en souffre »
    Plaindre de, avec le verbe à l'infinitif.
RAC.: « Je te plains de tomber dans ses mains redoutables »
    Être à , mériter d'être plaint.
QUIN.: « Atys, que vous seriez à Si vous saviez tous vos malheurs ! »
COLLIN D'HARLEVILLE: « Non, il n'est homme à ici que le méchant »
    Vous êtes bien à , bien digne de compassion.
SÉV.: « Mme de la Fayette m'a mandé qu'elle allait vous écrire, mais que la migraine l'en empêche : elle est fort à de ce mal »
    Se dit souvent ironiquement. On vous envoie en province avec une belle place ; vous êtes bien à !
    N'être pas à , être dans une condition où l'on ne doit pas être plaint.
VOLT.: « Il y a beaucoup de jolies sottes, beaucoup de jolies friponnes ; vous avez épousé beauté, bonté et esprit ; vous n'êtes pas à »
J. J. ROUSS.: « Ainsi elle n'était sûrement pas à , quoiqu'elle se plaignît toujours »

 2   En parlant des choses pour lesquelles on témoigne sa pitié.
CORN.: « ....ô qu'il est doux de Le sort d'un ennemi quand il n'est plus à craindre ! »
BOSSUET: « Ne plaignons plus ses disgrâces, qui font maintenant sa félicité [dans le paradis] »
BOILEAU: « La vieillesse.... Toujours plaint le présent et vante le passé »
RAC.: « Je révoque des lois dont j'ai plaint la rigueur »
MASS.: « Votre sort est à , je l'avoue »
    Plaindre quelque chose, exprimer des plaintes de la perte, de la privation de quelque chose.
CORN.: « Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler ; J'aime ce qu'il me donne, et je plains ce qu'il m'ôte »
    Plaindre que, se montrer fâché que.
SÉV.: « Il [mon fils] m'en avait parlé le premier.... plaignant et regrettant, tout comme nous, que M. le chevalier ne conduisît pas ses premières années [du jeune Grignan] »

 3   Employer à regret, donner avec répugnance et parcimonie. Sachant très bien qu'en amour comme en guerre On ne doit un métal qui fait tout, La FONT. Coupe.
SÉV.: « Je crois que mon fils ne plaindrait pas de plus gros gages pour avoir un vrai bon cuisinier »
BOILEAU: « Que mon âme, en ce jour de joie et d'opulence, D'un superbe convoi plaindrait peu la dépense ! »
VOLT.: « On ne plaint pas son argent pour voir un opéra-comique, et on le plaindra pour avoir des aqueducs »
    Se une chose, s'en passer par avarice.
SACI: « Celui qui amasse injustement des richesses en se plaignant sa propre vie, les amasse pour d'autres »
LA BRUY.: « Il ne lui manque aucune de ces curieuses bagatelles que l'on porte sur soi ; et il ne se plaint non plus toute sorte de parure qu'un jeune homme qui a épousé une riche vieille »
DESTOUCH.: « Oh ! la belle leçon pour la plupart des pères ! Ils se plaignent souvent les choses nécessaires ; Pour qui ? pour des ingrats, pour des extravagants.... »
    Regretter.
SCARR.: « Vous avez peut-être regret de m'avoir fait ce bien-là sans y penser ; ne me le plaignez point, aimable Léonore »
SÉV.: « Et on plaindra à ces gens-là des grandeurs dont ils font un si bon usage ! »
FLÉCH.: « Si votre main gauche plaint ce que donne votre main droite »
BEAUMARCH.: « Chacun a bien fait son devoir, ne plaignons point quelques moments de trouble »
    Plaindre sa peine, travailler mollement et sans se donner véritablement de la peine.
D'OLIVET: « Tout le mal qu'on dit d'elle [de la langue française] n'est vrai qu'entre les mains d'un homme sans génie ou qui plaint sa peine »
    Il ne plaint pas sa peine, ses peines, il est obligeant, actif.

 4   V. n. Pousser des plaintes, des gémissements.
MALH.: « C'est fait de moi, quoi que je fasse ; J'ai beau et beau soupirer.... »
CORNEILLE: « Et Cléone et le roi s'y jettent pour l'éteindre [le feu] : Mais, ô nouveau sujet de pleurer et de , Ce feu saisit le roi ; ce prince en un moment Se trouve enveloppé du même embrasement »

 5   Se , V. réfl. Se lamenter.
CORN.: « Et quiconque se plaint cherche à se consoler »
BOURD.: « Qu'avons-nous à nous , lorsqu'il ne plaît pas à Dieu de nous écouter ? »
QUINAULT: « Mais l'amour qui se plaint le plus N'est pas toujours le plus à »
RAC.: « La pauvre Fanchon s'est plainte de beaucoup de maux de tête tout le matin »
    Poétiquement.
BOILEAU: « Sous les fougueux coursiers l'onde écume et se plaint »

 6   Témoigner des regrets, du mécontentement.
CORN.: « Mais donnons quelque chose à Rome qui se plaint »
MOL.: « Et si vous vous plaignez de moi, Je ne sais pas de bonne foi, Ce qu'il faut pour vous satisfaire »
SÉV.: « Gardons-nous bien de nous des gens dont nous devons nous louer »
MAINTENON: « Je le plains plus que je ne m'en plains »
RAC.: « Quand vous me haïriez, je ne m'en plaindrais pas »
LA BRUY.: « Il est souvent plus utile de quitter les grands que de s'en »
    Se que, avec l'indicatif (le sens est que l'acte exprimé par le verbe à l'indicatif n'a rien d'hypothétique).
LA FONT.: « La mouche, en ce commun besoin, Se plaint qu'elle agit seule et qu'elle a tout le soin »
SÉV.: « Elle se plaint que vous avez fini le premier un commerce qui lui faisait un grand plaisir »
BOSSUET: « Nous nous sommes plaints que la mort, ennemie des fruits que nous promettait la princesse, les a ravagés dans la fleur »
RAC.: « Parlez ; Phèdre se plaint que je suis outragé »
MASS.: « Vous vous plaignez que votre ennemi vous a décrié en secret et en public »
    Se que, avec le subjonctif (le sens est que l'acte exprimé par le verbe au subjonctif est hypothétique).
BOSSUET: « Combien de fois ne s'est-on pas plaint que les affaires n'eussent ni règle ni fin ! »
BOILEAU: « Vous-même, monsieur, pouvez-vous vous qu'on n'ait pas rendu justice à votre dialogue de l'amour et de l'amitié ? »
RAC.: « Quelques-uns ont pris l'intérêt de Narcisse, et se sont plaints que j'en eusse fait un très méchant homme »
    Se de ce que.
PASC.: « Ces hérésiarques se sont-ils plaints de ce qu'on leur imposait ce qu'ils ne disaient pas ? »

 7   Former une plainte en justice. Il est allé se au commissaire.

 8   Témoigner de la compassion l'un pour l'autre.
BOSSUET: « Comme ceux qui courent le même péril se plaignent les uns les autres par une expérience sensible de leurs communes disgrâces »
    Témoigner de la compassion pour soi-même.
VOLT.: « Il plaignait ceux qui l'aimaient, beaucoup plus qu'il ne se plaignait lui-même »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     St Alexis, XXXI: Plainums ansemble le doel [deuil] de nostre ami
     Ch. de Rol. LXXI: Jamais n'ert [ne sera] jur que Charles ne se pleigne
     ib. CXXVI: Pleindre poons [nous pouvons] France douce la belle
    XIIème siècle
     Couci, XVIII: Et quant je plus plaing et souspir....
     Sax. XVII: À tort s'en plaint li uns, puisque l'autre s'en loue
     Th. le mart. 142: Mult me plaig de ses hummes, sainz Thomas respundié [répondit], Qui nos iglises tienent à force e à pechié
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Cil fu durement plains et plorés de Guillaume son frere et des autres barons »
VILLEH.: « Et furent mout destroit et irié, et mout durement se plaintrent de ceux qui la mellée avoient faite de l'empereur Baudoin et du marchis de Montferrat »
BEAUMANOIR: « Et se li sires ne veut faire ceste requeste et li parchonier s'en plaignent au sovrain, li sovrains le doit fere fere »
JOINV.: « Le roy ne requist ne ne prist onques aide [impôt] des siens barons, ne à ses chevaliers, n'à ses hommes, ne à ses bones villes dont en [on] se plainsist »
MÄTZNER: « Il ne muet pas de sens [il n'a pas de sens] celui ki plaint Peine et travail ki li ert [sera] avantage »
    XIVème siècle
     Baud. de Seb. VIII, 921: Et se j'ai vostre argent, ne me le plaindés jà ; Car si tost que je l'ai, li taverniers l'ara
    XVème siècle
FROISS.: « Quand il sçut que les François chevauchoient, qui ardoient le pays, et ouït les poures gens pleurer, crier et le leur, si en eut grant pitié »
COMM.: « Les aucuns sages [princes] se sont bien sceu servir des plus apparans [clercs pour conseillers], et les chercher sans y rien »
COMM.: « Parler à quelque amy, et hardiment ses douleurs »
     Mém. sur du Guesclin. p. 546, dans LACURNE: Le noble roy de France le plaint [plaignit] et regretta [du Guesclin], comme Charlemagne fit son neveu Roland
    XVIème siècle
MAROT: « L'un va plaignant ses gras boeufs delaisser »
MAROT: « Ne plain donc point de laisser mere et pere »
MONT.: « L'un se plainct qu'il luy fault.... »
MONT.: « Le duc René plainsit aussi la mort du duc de Bourgoigne »
MONT.: « Je plaignois les malades beaucoup plus que je ne me treuve à moy mesme »
MONT.: « Je plains le temps que met Platon à ces longues interlocutions »
MONT.: « On ne plaind jamais ce qu'on n'a jamais eu »
AMYOT: « Il est fort vieil ; mais au demourant il n'a que en luy [il est ingambe, sans infirmité] »
AMYOT: « Dieu ne la plaint [la sagesse] à personne qui la luy demande avec fermeté de vive foy »
H. EST.: « Il se plaignoit alors de saine teste, comme on dit en commun proverbe »
COTGRAVE: « Assez demande qui se plaind »
COTGRAVE: « Femme se plaind, femme se deult, femme est malade quand elle veut »
COTGRAVE: « Tel est plein qui se plaind »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, plaind ; Berry, plainer, se plainer ; prov. planher, plagner, plaigner, plaingner, planger, plainer, planer ; anc. cat. planger ; ital. piangere ; du lat. plangere, , proprement frapper avec bruit, battre, puis se battre soi-même par douleur ; c'est la racine nasalisée plag, qui se trouve dans plaga, plaie (voy. ce mot).


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Être touché des maux des autres, ressentir de la pitié; Témoigner la compassion qu'on éprouve pour les peines d'autrui. "Plaindre les malheureux. Je vous plains extrêmement. Je plains sa famille. Tout le monde vous plaint. Je plains votre malheur, votre disgrâce. C'est un homme qui mérite qu'on le plaigne. Il est fort à , bien à . Je vous plains dans le fond du coeur. Il n'est pas trop à . Personne ne le plaint. Je vous plains de la perte que vous avez faite."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Employer, donner avec répugnance, à regret, d'une manière insuffisante. "Il ne faut point sa peine pour ses amis. Quand il est question de servir ses amis, c'est un homme paresseux et qui plaint ses pas. Il ne plaint ni son temps ni ses soins, quand il s'agit d'obliger. Il plaint le pain à ses gens, il plaint le pain que ses gens mangent. Il plaint l'avoine à ses chevaux. Il plaint jusqu'aux habits qu'il donne à ses enfants."
"Se une chose," S'en passer par avarice. "Cet homme se plaint toutes choses. Cette femme s'est plaint toute sa vie le boire et le manger. Ils se sont toujours plaint les choses dont ils avaient le plus de besoin."
"Ne point l'argent, la dépense," Aimer à dépenser, dépenser volontiers.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



avec le pronom personnel, signifie, Se lamenter. "Il est malaisé de ne pas se quand on souffre. Il a souffert de grandes douleurs sans se . Il a tout le corps si douloureux, qu'il se plaint dès qu'on le touche. Il se plaint comme une femme. Il se plaint pour la moindre chose, pour peu de chose. Il aime à se et à être plaint. Il se plaint sans sujet. Il se plaint toujours. Se de sa misère, de sa pauvreté."
Il signifie aussi, Témoigner son mécontentement de quelque chose, du mécontentement contre quelqu'un. "Il se plaint fort de vous et de la mauvaise réception que vous lui avez faite. Il prétendait avoir sujet de se de la cour. Quel sujet avez-vous de vous en ? C'est lui-même qui s'est attiré ce malheur, il ne doit se de personne. Tout le monde croit être en droit de se de la fortune. Elle s'est plainte de votre conduite. Nous nous sommes plaints de vos procédés. Je me plains à vous de vous-même. J'ai fort à me de vous. Tout le monde se plaint de lui. Il se plaint de ce qu'on le calomnie. Il se plaint qu'on l'ait calomnié. Il s'est venu à moi de vos procédés."
Il signifie, en termes de Palais et de Police, Rendre plainte. "Se en justice. Il est allé se au commissaire."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

PLAINTE, s. f. PLAINTIF, IVE, adj. PLAINTIVEMENT, adv. ["Plein-dre", "plein-te", "tif", "tive", "tive-man:" 1re lon. 2e "e" muet aux deux premiers, lon. aux deux derniers dont la 3e "e" muet.] "Plaindre", actif, avoir pitié de... 'Je "vous plains": on ne "le plaint" pas lui: on "plaint sa" famille. = "Se ", réciproque, sans régime, gémir, lamenter. 'Soufrir sans "se ". = Avec la prép. "de", témoigner du mécontentement, du déplaisir: 'J'ai bien lieu de "me de" vous. On dit, en st. famil. "plaindre" sa peine, "ses" soins, "ses" pâs, "son" temps; les employer avec répugnance et à regret. "Ne point l'argent", "la dépense", dépenser volontiers, ne pas regarder à ce qu'il en coûte pour se satisfaire. 'On "n'a point plaint l'argent à" ce batiment: on n'y a rien épargné. 'Il "ne se plaint" non plus toute sorte de parûre qu'un jeune homme, qui a épousé une riche veûve. "La Bruy." 'Ce Maître "ne leur avoit pas plaint" une éducation, qui tournoit à son profit. "Du Bos." "Plaindre le pain à" ses enfans; "l'avoine à" ses chevaux, etc. ne pas leur en doner sufisamment. On dit aussi " le" pain, "l'"avoine "qu'"ils "mangent", etc. Avoir regret aux dépenses les plus nécessaires. "Se toutes chôses", se pâsser des chôses, dont on a le plus besoin. Avec ce régime direct, le pronom "se" est au datif: "se " à soi-même: dans "se ", sans régime, ce pronom est l'acusatif: "se " soi-même.
   "Rem." 1°. "Brébeuf" a écrit "pleindre". Autrefois on écrivait, je "plainds", tu "plainds", il "plaind". Aujourd'hui l'on retranche le "d" aux deux premieres persones, et l'on termine la 3e par un "t": au pluriel du présent et aux deux nombres de l'imparfait et de l'aoriste, et au subjonctif et au participe actif on met un "g" devant l'"n": nous "plaignons", etc. je "plaignois" ou "plaignais", etc. je "plaignis", que je "plaigne", je "plaignisse", "plaignant". = "La Fontaine" a encôre écrit, je vous "plainds".
- 2°. On faisait aussi ce verbe "neutre", et l'on disait "plaindre", sans régime, comme nous disons "gémir".
   J'ai beau "plaindre" et beau soupirer,
   Le seul remède en ma disgrâce,
   C'est qu'il n'en faut point espérer.
       "Malherbe".
  Aimant mieux "plaindre" par coutume,
  Que vous consoler par raison. "Id."
  Autre coeur que le mien auroit-il la constance
  De soufrir tant de mal sans "plaindre" et soupirer.
       "Bertaud".
On le dit encôre dans les Provinces méridionales. 'Il "plaint" beaucoup: il "a plaint" toute la nuit. C'est un vrai gasconisme.
- 3°. "Plaindre" régit la prép. "de" devant l'infinitif. 'Ne "me plaignez" que "de" n'"avoir" point ma chère fille. "Sév." 'Il "se plaint d'avoir" été mal reçu. "Se " régit aussi la conjonction "que" avec le subjonctif. 'Il "se plaint que" son éducation "ait été" négligée. "Ann. Litt."
- 4°. On "se plaint" du mal et non pas du bien. L'Ab. "Prévot" parlant de l'arrivée des Portugais chez des sauvages, dit que: 'On "n'eut pas à se de leur civilité": ils troquèrent des perroquets contre du papier. Il me semble qu'il falait dire qu'on n'eut pas à "se de leur incivilité", ou qu'on n'eut qu'à "se louer de leur civilité".
   PLAINTE, est 1°. Gémissement, lamentation. Il correspond à "se " sans régime. 'Il s'abandone aux cris et aux "plaintes". '"Les plaintes" d' un homme, qui soufre. Voy. LAMENTATION.
- 2°. Mécontentement qu'on témoigne de vive voix ou par écrit. Il a raport à "se de". 'Doner des sujets de "plainte". Former "des plaintes" contre. 'Porter "ou" faire "ses plaintes à" quelqu'un "contre" un aûtre "de" quelque tort qu'on croit avoir reçu. = Au Palais; "rendre sa plainte au" Juge, "au" Comissaire, exposer le sujet qu'on a de se . = Hors du Palais, on le dit rârement au singulier, excepté dans "sujet de plainte" et dans le sens de "lamentation", pris indéterminément: 'Il faut que je m'acoutume à ce chagrin, puisque "la plainte" est inutile. "Sév." Avec les pronoms possessifs, on l'emploie ordinairement au pluriel: je suis lâs de "vos plaintes" continuelles. Les Poètes ont droit de l'employer dans l'un et l'aûtre nombre suivant le besoin de la mesûre ou de la rime.
   Claude même, lassé de ma "plainte" éternelle.
       "Racine".
  PLAINTIF, qui se plaint. Il se dit ordinairement des chôses qui ont raport à la persone: ton "plaintif", voix "plaintive". = On ne le dit guère des persones. On dit seulement qu'un homme est "plaintif", pour dire qu'il se plaint à tout propôs, et on ne le dit que dans le style familier. 'Toujours chagrin, toujours "plaintif". = Les Poètes le disent des "Manes" et des "Ombres".
   PLAINTIVEMENT, d'une manière plaintive. On l'emploie d'ordinaire en critiquant et en se moquant. Réciter un discours "plaintivement": c'est le défaut de plusieurs Prédicateurs. 'Il chante "plaintivement" les airs les plus gais.




Emplacement dans le dictionnaire :

plaidé
plaider
plaideur
plaidoirie
plaidoyer
plaie
plaignant
plain
plain-chant

plaine
plaint
plainte
plaintif
plaintivement
plaire
plaisamment
plaisance
plaisant
plaisanté
plaisanter




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...descendre, enfoncer dans un creux qui vous tenait chaud. -hou ! Hououou ! Hou hououou ! faisait le vent dehors, d'une voix de hulotte, avec des aires de se fâcher, de s'indigner, et puis de se plaindre et de mourir. Quand la chandelle fut éteinte et que la chaumière fut noire, on entendit une voix douce de petite fille commencer une prière en breton (c'était une toute petite de quatre ans qu'on...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...raisonne comme si tous nos plaisirs avaient pu être les leurs ; alors, en songeant à tous ces raffinements de la civilisation dont nous jouissons et qu'ils ne connaissaient pas, on se sent enclin à plaindre leur sort. On oublie qu'ils n'étaient pas aptes à les goûter. Si donc ils se sont tant tourmentés pour accroître la puissance productive du travail, ce n'était pas pour conquérir des biens qui...


Citation n°3 de Louis HÉMON (Maria Chapdelaine)

...les heures qui suivirent tout le monde attendit avec confiance que la magie du remède opérât. Mais vers midi il fallut se rendre à l'évidence ; elle souffrait toujours autant et continuait à se plaindre. Au soir la boîte était vide, et quand la nuit tomba les gémissements de la malade remplirent la maison d'une tristesse angoissée, maintenant surtout que l'on n'avait plus de remède en quoi l'on pût...


Citation n°4 de Henri POINCARÉ (La Valeur de la science)

...indication brute, ou s'il a fait des corrections contraires aux règles habituelles, il a changé sans me prévenir le langage convenu. Si au contraire il a eu soin de me prévenir, je n'ai pas à me plaindre, mais alors c'est toujours le même fait exprimé dans un autre langage. En résumé, tout ce que crée le savant dans un fait, c'est le langage dans lequel il l'énonce. s'il prédit un fait, il emploiera...


Citation n°5 de Émile MOSELLY (Terres lorraines)

...cita un chiffre modeste. Tout le monde se récria. était-ce permis qu'on eût si peu de gain, à peiner aussi dur dans la froidure de l'hiver, et les chaleurs de l'été ? Eux du moins n'avaient pas à se plaindre. On leur chargeait leur bateau et ils s'en allaient. Vogue la galiote, à la fin de l'année on avait de l'argent de reste. Ils avaient là-bas, dans leur pays, une petite maison avec un bout de...


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